Somnambulisme. Dormez là-dessus!

Déambuler la nuit, à quoi reconnaît-on le somnambulisme?

Le somnambulisme est souvent considéré comme le trouble du sommeil « cocasse » – ou voire même « mignon » chez l’enfant. Les déambulateurs nocturnes sont généralement calmes, sans expression faciale et reproduisent simplement des gestes du quotidien tout en dormant, ce qui est curieux pour ceux qui en sont témoins. La plupart des somnambules aimeraient pouvoir se rappeler tout ce qu’ils font pendant la nuit, cependant, peu s’en souviennent; à la limite, certains ont des souvenirs fragmentaires de leurs épisodes de somnambulisme.

Un enfant assis dans son lit ou se promenant affichant un regard perdu ou absent offre l’image classique d’un épisode de somnambulisme. Le somnambule peut se lever, se promener sans difficulté (déambuler), monter les escaliers, ouvrir les portes, ramasser les draps, mimer les activités quotidiennes routinières : jouer, cuisiner, aller aux toilettes, etc. Il arrive aussi que les somnambules fassent de la somniloquie lors de leur épisode, c’est-à-dire qu’ils parlent ou marmonnent dans leur sommeil. La plupart des comportements des somnambules sont des actes quotidiens familiers, répétitifs ou devenus automatiques avec le temps. Ces comportements peuvent être associés à des émotions mais sont généralement beaucoup moins marqués par la peur que les autres troubles du sommeil avec comportements nocturnes, tels que les terreurs nocturnes ou le trouble du comportement en sommeil paradoxal.

Dans la majorité des cas, les épisodes de somnambulisme sont courts et prennent fin d’eux-mêmes, mais ils peuvent aussi être très élaborés et durer jusqu’à 30 minutes. Généralement, ces épisodes nocturnes se produisent tôt dans la nuit, pendant les premières phases de sommeil profond. Dans le cas d’enfants, les parents sont encore debout et peuvent en être témoins.

Pour la plupart des somnambules, ces comportements sont sans danger, surtout chez les enfants. Comme vous pouvez l’imaginer, le somnambulisme peut par contre devenir très problématique dans certaines circonstances, par exemple lorsque le somnambule quitte la maison tout en étant endormi. Dans les cas les plus complexes et spectaculaires de somnambulisme, certains adultes ont erré à l’extérieur de leur maison, se sont mis en danger ou ont même conduit une voiture !

Le somnambulisme est un trouble du sommeil qui touche surtout les enfants ; il culmine autour de l’âge de 10 ans. Il affecte environ 3 % des tout-petits (des cas ont été signalés chez des enfants d’à peine 2 ans) ; sa prévalence augmente progressivement et atteint de 5 à 13 % chez les enfants âgés de 7 à 12 ans, puis elle diminue rapidement durant l’adolescence ; entre 2 et 4 % des adultes en restent affectés. Les premiers épisodes de somnambulisme se déclarent rarement à l’âge adulte puisque la majorité des cas adultes ont commencé pendant l’enfance et persisté. Les premiers épisodes à l’âge adulte sont souvent associés à un traitement médicamenteux ou à une maladie neurodégénérative ou confondu avec d’autres troubles du sommeil, tels que le trouble du comportement en sommeil paradoxal.

Que faire ou ne pas faire ?

En général, le somnambulisme infantile est passager et inoffensif et ne nécessite pas d’intervention particulière. Le somnambulisme à l’âge adulte est également bénin dans la plupart des cas ; cependant, il peut causer des blessures et mettre le dormeur ou d’autres personnes dans des situations dangereuses.

De plus, comme le somnambulisme perturbe le sommeil, les épisodes fréquents peuvent provoquer des symptômes quotidiens associés à cette mauvaise qualité de sommeil, par exemple la somnolence* SOMNOLENCE VS FATIGUE
La somnolence est l’envie ou le besoin, difficilement répressible, de dormir pendant la journée. À ne pas confondre avec la fatigue, c’est-à-dire une sensation d’épuisement physique ou mentale qui incite à se reposer, sans toutefois se traduire par un sommeil involontaire ou une envie excessive de dormir. Les gens fatigués peuvent combattre sans grandes difficultés le sommeil pendant la journée. Par contre, les gens somnolents sont pour ainsi dire envahis par le sommeil : ils peuvent tomber endormis en classe, au travail ou en conduisant, par exemple. La somnolence n’est pas un état normal. Elle est associée à une perte ou à une mauvaise qualité de sommeil aiguë (privation de sommeil) ou chronique. Il s’agit d’un symptôme important de certains troubles du sommeil, mais aussi de certains problèmes médicaux ou psychologiques. Ne fermez pas l’œil sur la somnolence !
ou les problèmes de concentration (voir Pourquoi dormir ? pour en savoir plus).

Il est bon de rappeler qu’un épisode de somnambulisme cesse souvent aussi soudainement qu’il a commencé et qu’il n’est pas nécessaire d’intervenir autrement qu’en rendant sécuritaire l’environnement de sommeil. En règle générale, les somnambules retournent au lit et s’endorment à poings fermés si on les y invite. Les parents ou les partenaires de lit des somnambules peuvent les aider à émerger de l’épisode, sans les réveiller, en parlant très calmement et en restant à leurs côtés pour éviter les blessures. Réveiller un somnambule reste possible, mais cela n’est pas recommandé : la qualité de son sommeil serait encore plus mauvaise et le somnambule serait confus au réveil – une sensation désagréable la plupart du temps.

Si vous décidez de parler à un somnambule de l’épisode de la nuit précédente, assurez-vous de ne pas générer de stress inutile qui pourrait faire naître la peur d’aller se coucher. Mieux vaut préserver la qualité de sommeil du somnambule en adoptant une attitude positive et rassurante à propos de son comportement nocturne.

Pour maîtriser le somnambulisme, assurez-vous de mettre en place une bonne routine et hygiène de sommeil, car la privation de sommeil et le stress sont d’importants facteurs déclencheurs. Afin d’éviter le plus possible les épisodes et de préserver la qualité du sommeil, les somnambules doivent:

  • dormir suffisamment en respectant un horaire régulier de veille et de sommeil (heures fixes de coucher et de réveil) et éviter la privation de sommeil ;
  • observer minutieusement une routine de sommeil ;
  • maintenir une bonne hygiène de sommeil, par exemple ne pas manger ou faire de l’exercice juste avant l’heure du coucher et s’abstenir de consommer de l’alcool ;
  • apprendre à gérer le stress, surtout pendant les périodes de transition (par exemple un déménagement, des changements à l’école, l’arrivée d’un petit frère ou d’une petite sœur, une séparation).

Si le somnambulisme est source de souffrance, perturbe le sommeil, cause de la somnolence ou constitue une menace, il faut envisager de consulter un expert du sommeil. Il est fortement recommandé de s’adresser à une clinique spécialisée en sommeil afin de choisir l’option de traitement la plus indiquée en fonction de l’âge, du niveau de détresse, des effets sur le sommeil et de la dangerosité des épisodes.

Voici certaines avenues qui peuvent être explorées avec le soutien d’un professionnel du sommeil :

  • apporter des changements à son mode de vie et en lien avec l’hygiène de sommeil (voir plus haut) ;
  • avoir recours à l’hypnothérapie ;
  • si les épisodes semblent être liés à la prise d’un nouveau médicament, réévaluer si celui-ci apporte plus d’avantages que d’inconvénients.
  • appliquer une technique comportementale pour réduire le nombre d’épisodes de somnambulisme. Par exemple, la technique des « réveils anticipés et programmés » consisterait, pour des parents, à réveiller leur enfant tous les soirs environ 15 minutes avant l’heure habituelle d’un épisode, et ce, pendant un mois environ.
  • discuter d’un éventuel traitement pharmacologique adapté.

Gardez en tête que le somnambulisme qui débute pendant l’enfance et celui qui se manifeste à l’âge adulte doivent être considérés comme deux problèmes distincts. Si le premier épisode de somnambulisme survient à l’âge adulte, il devrait donner lieu à une consultation médicale, idéalement avec un expert du sommeil, car il peut être le symptôme d’une maladie neurodégénérative, être lié à l’utilisation d’un médicament ou encore être confondu avec le trouble du comportement en sommeil paradoxal ou des terreurs nocturnes.

Quelles sont les causes du somnambulisme ?

Il pourrait y avoir une prédisposition génétique à ce trouble étant donné que, dans 80 % des cas et plus, les proches des somnambules signalent des épisodes de somnambulisme.

Ce qui cause les épisodes de somnambulisme sont les facteurs qui 1) augmentent la quantité de sommeil profond normal ou 2) provoquent des micro-éveils (fragmentation du sommeil), en particulier pendant le sommeil profond. Par conséquent, il a été établi que, chez les enfants et les adultes prédisposés, les facteurs suivants, notamment, peuvent déclencher des épisodes de somnambulisme :

  • la privation de sommeil : manquer de sommeil à l’occasion ou de façon chronique ; devenir trop fatigué ;
  • avoir un horaire de sommeil irrégulier ;
  • être stressé (par un déménagement, une rupture, un changement à l’école ou au travail, etc.) ou avoir de la difficulté à s’endormir dans un nouvel environnement (changement dans les habitudes de sommeil) ;
  • dormir dans un environnement bruyant ;
  • être malade, avoir la fièvre ;
  • consommer de l’alcool en soirée ou près de l’heure du coucher ;
  • ● faire de l’exercice trop près de l’heure du sommeil ;
  • d’autres troubles du sommeil tel que l’apnée du sommeil.

Le somnambulisme semble être lié aux processus de développement et de maturation du cerveau pendant la petite enfance. Ainsi, à mesure que les enfants grandissent et que leur système nerveux central se développe, les risques d’épisodes de somnambulisme diminuent. De récentes études ont montré que les enfants somnambules sont plus susceptibles d’avoir souffert de terreurs nocturnes plus tôt dans leur vie. En fait, les deux troubles surviennent alors que le cerveau de l’enfant est en développement (c’est-à-dire qu’il s’agit d’un phénomène neuro-développemental).

Quelles sont les répercussions du somnambulisme ?

Le somnambulisme n’est pas un problème en soi pour les enfants affectés et la plupart des adultes. En dehors du risque de blessures accidentelles, les épisodes de somnambulisme sont relativement inoffensifs. Le plus souvent, ils disparaissent avec l’âge. Par ailleurs, dans la majorité des cas, les épisodes de somnambulisme sont occasionnels ou circonstanciels. Par contre, s’ils se révèlent fréquents, associés à une détresse ou encore mettent le dormeur ou son entourage en danger, ils peuvent devenir une cause de perturbation et de privation de sommeil pour les personnes touchées et leur famille.

Selon la fréquence des épisodes, la mauvaise qualité du sommeil attribuable au somnambulisme peut se traduire par de la fatigue et de la somnolence. Des données récentes indiquent que jusqu’à 45 % des somnambules souffrent de somnolence pendant la journée : il faut donc surveiller si l’enfant ou l’adulte atteint est somnolent, Si c’est le cas, il faut intervenir car ceci peut avoir des conséquences dramatiques.

Chez les adultes dont les comportements sont dangereux pendant les crises de somnambulisme, la peur des épisodes peut se transformer en stress lié au coucher ou même en anxiété, dans les cas les plus problématiques. Il est de la plus haute importance que les somnambules adultes dorment dans un environnement sûr et protégé. Si le somnambulisme vous préoccupe, vous et votre famille, n’hésitez pas à vous adresser à un spécialiste du sommeil et à une clinique du sommeil pour obtenir plus d’information et un soutien adéquat.

* SOMNOLENCE VS FATIGUE
La somnolence est l’envie ou le besoin, difficilement répressible, de dormir pendant la journée. À ne pas confondre avec la fatigue, c’est-à-dire une sensation d’épuisement physique ou mentale qui incite à se reposer, sans toutefois se traduire par un sommeil involontaire ou une envie excessive de dormir. Les gens fatigués peuvent combattre sans grandes difficultés le sommeil pendant la journée. Par contre, les gens somnolents sont pour ainsi dire envahis par le sommeil : ils peuvent tomber endormis en classe, au travail ou en conduisant, par exemple. La somnolence n’est pas un état normal. Elle est associée à une perte ou à une mauvaise qualité de sommeil aiguë (privation de sommeil) ou chronique. Il s’agit d’un symptôme important de certains troubles du sommeil, mais aussi de certains problèmes médicaux ou psychologiques. Ne fermez pas l’œil sur la somnolence !