Le pourquoi et le comment des rêves

Le rêve est une activité mentale normale qui a lieu pendant le sommeil. Tout le monde rêve. En fait, on fait tous de trois à six rêves par nuit et on passe environ 25 % de son temps de sommeil à rêver – selon certains chercheurs, ce pourcentage pourrait même être nettement plus élevé !

Pourtant, la plupart des gens se souviennent rarement de leurs rêves et, même s’ils se les rappellent, leurs souvenirs s’estompent rapidement à moins qu’ils ne soient écrits ou consignés d’une autre façon.

Cela étant, les rêves ont toujours été une source de fascination et, bien que de nombreuses questions à leur sujet restent sans réponses, des études rigoureuses ont permis de faire des progrès considérables dans la compréhension des causes et des mécanismes des rêves.

De nombreuses données cliniques et scientifiques attestent que les rêves reflètent souvent les préoccupations du moment et les expériences marquantes sur le plan émotionnel. Ces représentations sont parfois de nature métaphorique ou associative, ce qui explique en partie le caractère si étrange des rêves. Puisqu’ils peuvent être le reflet de l’état de conscience, des préoccupations et des idées personnelles sur soi-même, sur les autres et sur le monde dans lequel on vit, ils sont d’un grand intérêt.

Même si on ne sait toujours pas exactement pourquoi et comment on rêve, beaucoup de gens trouvent utile de prêter attention à leurs rêves et même de les raconter aux autres. Sans tomber dans la pseudoscience des livres populaires sur les symboles universels du rêve, parler, écrire, penser ou dessiner ses rêves peut être un moyen utile et fécond de se mettre en contact avec son monde intérieur et de l’explorer. Il n’est pas étonnant non plus que le contenu des rêves serve parfois d’outil thérapeutique pour accroître la conscience de soi, la clairvoyance et la créativité. Ils peuvent aussi faire l’objet d’une discussion familiale, qui permet aux uns et aux autres de mieux se connaître et qui fournit aux parents l’occasion de parler de l’importance de la qualité et l’hygiène de sommeil pour le bien-être général.

Pourquoi rêve-t-on ?

La question la plus fréquente au sujet des rêves est sans doute : « Pourquoi rêve-t-on ? ». Diverses théories et les études du sommeil en laboratoire aident à mieux comprendre les multiples fonctions des rêves. Par exemple, les enregistrements polysomnographiques (PSG) fournissent des informations essentielles sur la potentielle contribution des rêves pour les fonctions mnésiques et la régulation émotionnelle. Comme on peut s’y attendre, il n’y a toujours pas de réponse catégorique, mais voici les théories qui empêchent les chercheurs de dormir depuis les 10 ou 15 dernières années.

  • Les rêves ont une fonction liée à l’évolution. Une des manières d’envisager la fonction des rêves est de se demander quel rôle adaptatif les rêves ont pu jouer dans notre environnement ancestral. Le modèle le plus cité est celui de la théorie de la simulation de la menace (TSM). Essentiellement, cette théorie est fondée sur l’idée selon laquelle le rêve a évolué en un mécanisme permettant de simuler les évènements menaçants et de mettre à l’essai les moyens possibles de les éviter ou d’y survivre. C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles, jusqu’à ce jour, certains rêves présentent un contenu psychologiquement ou physiquement menaçant. D’après ce modèle, le cerveau crée un monde virtuel convaincant dans lequel on peut percevoir différents types de menaces et mettre en pratique des comportements adaptés à ces dangers. Selon une variante plus récente de ce modèle, les rêves sont devenus un moyen d’explorer et d’imaginer des simulations d’interactions sociales. Les rêves auraient ainsi contribué au succès de nos ancêtres sur le plan de la survie et de la reproduction en renforçant les compétences sociales pendant leur temps de sommeil. En ce sens, le rêve peut être considéré comme une fonction cérébrale automatique qui permet, d’une certaine manière, de mettre en pratique des comportements adaptés, ainsi qu’on le ferait intentionnellement par des techniques de visualisation pendant le temps d’éveil.
  • Les rêves interviennent dans la consolidation de la mémoire. Il est à présent bien établi que le sommeil joue un rôle vital dans le développement de la mémoire et de l’apprentissage (consulter la rubrique « Pourquoi dormir ? »). Certains chercheurs dans le domaine du sommeil croient que les rêves entrent en jeu dans ces processus, ce qui signifie qu’une expérience subjective comme le rêve aiderait à retenir tel ou tel moment de la vie ou à apprendre telle ou telle chose.
  • Les rêves permettent de réguler ses émotions. Pour certains cliniciens et chercheurs, les rêves sont une forme de « thérapie nocturne » qui aide à absorber et à intégrer les expériences émotionnelles personnelles, surtout les émotions négatives, dans la sécurité du sommeil. À ce titre, les rêves peuvent être considérés comme un mécanisme naturel de gestion du stress et de régulation émotionnelle.
  • Les rêves aident à résoudre les problèmes. Comme des découvertes, des inventions et des œuvres d’art s’inspirent principalement des rêves, certains sont ainsi amenés à croire que les rêves permettent aussi de trouver des solutions à ses problèmes. Mais si les rêves peuvent mener et mènent parfois à de merveilleuses découvertes, il n’en demeure pas moins que très peu de rêves ont cette fonction de résolution de problèmes.
  • Et si les rêves n’avaient aucune fonction biologique en soi ? Certains spécialistes des rêves et du sommeil estiment que si les rêves peuvent être d’un grand intérêt et sont probablement des produits importants de l’activité cérébrale pendant le sommeil, ils n’ont aucune autre fonction biologique autre que celles remplies par le sommeil lui-même (consulter la rubrique « Pourquoi dormir ? »). Ainsi, le sommeil a une fonction biologique importante, tandis que, rêver en soi ne serait qu’un sous-produit du sommeil ou ce qu’on appelle un « épiphénomène ».

Il est important de garder à l’esprit que, quelle que soit la fonction des rêves, le cerveau l’exécute, qu’on se souvienne ou non de ses rêves. Par conséquent, il est fort probable que la fonction biologique des rêves ne dépende pas de la capacité que l’on a à se rappeler de nos rêves. Si c’était le cas, ce serait une perte de temps colossale puisque la majorité des rêves tombe dans l’oubli !

Comment et quand rêve-t-on ?

Les rêves se produisent à n’importe quel stade du sommeil. Lorsqu’on s’endort, qu’on passe d’un sommeil plus léger à un sommeil plus profond (le sommeil lent) et lors des stades de sommeil paradoxal (sommeil à mouvements oculaires rapides (MOR) (consulter la rubrique « Qu’est-ce que le sommeil ? »). Les rêves peuvent survenir à n’importe laquelle de ces stades du sommeil.

Tandis qu’on glisse dans le sommeil, les images et les pensées de la journée peuvent faire surface dans nos esprits. Ceci est une forme de rêves.

Les rêves du stade de sommeil profond, le sommeil lent, sont quant à eux souvent décrit comme des pensées, des images ou des sentiments plutôt que des récits complexes.

Le sommeil paradoxal est le stade du sommeil le plus fréquemment associé au souvenir de rêves longs, complexes, bizarres et souvent chargés sur le plan émotionnel ; c’est le cas de la majorité des cauchemars. Puisqu’on passe plus de temps en sommeil paradoxal vers la fin de la nuit, c’est à ce moment que la plupart des rêves les plus intenses ont lieu. Il y a de fortes chances que le réveil matinal se produise après une période de rêve en sommeil paradoxal, ce qui explique qu’on a tendance à se souvenir de ces rêves longs et étranges et qu’on puisse les raconter.

Outre les différences selon les stades de sommeil, les études portant sur le contenu des rêves ont permis aux chercheurs de classifier les rêves relatés par les dormeurs en différents types. Voici les types de rêves les plus courants :

  • Les rêves typiques sont ceux qu’une grande partie de la population fait au moins une fois dans sa vie. Même si le rêve est une expérience personnelle et qu’il existe une grande variété de contenus de rêve, il y a des thèmes universels. Ce sont, par exemple, les rêves où le dormeur fait une chute, vole, perd ses dents, a des relations sexuelles ou est pourchassé. Les chercheurs ont établi que ces thèmes typiques existaient dans toutes les cultures et faisaient partie de l’expérience onirique de l’humanité depuis des millénaires. On observerait toutefois certaines différences selon le sexe, les hommes étant plus susceptibles que les femmes de relater des rêves comportant des expériences sexuelles, des agressions physiques et des catastrophes naturelles, et les femmes plus susceptibles d’évoquer des thèmes ayant trait aux conflits interpersonnels.
  • Les cauchemars sont les rêves qui déclenchent les émotions négatives les plus intenses, souvent à tel point que le rêveur se réveille et a de la difficulté à se rendormir, ce qui peut affecter la durée et la qualité de son sommeil. De ce fait, les cauchemars fréquents peuvent avoir un impact négatif sur la vie diurne.

    Les cauchemars surviennent plus fréquemment pendant le sommeil paradoxal, dans la dernière partie de la nuit, peu avant le réveil. On confond en général les cauchemars et les terreurs nocturnes, qui surviennent au cours de la première partie de la nuit, lors sommeil lent (consulter la rubrique sur les « Terreurs nocturnes » pour mieux apprendre à les distinguer et à agir en conséquence).

    Bien que la peur soit l’émotion la plus régulièrement éprouvée dans les cauchemars, ceux-ci peuvent susciter d’autres émotions négatives intenses, comme la tristesse, le sentiment d’impuissance, la confusion, la culpabilité et le dégoût. Les scénarios cauchemardesques concernent en général le thème de la mort et les menaces physiques ou psychologiques.

    Les cauchemars sont le plus fréquemment observés lors de l’enfance ou en association avec un traumatisme suite à un accident de voiture ou à des évènements en lien avec la guerre, par exemple.

    Bien qu’ils se manifestent à tous les âges, les cauchemars surviennent principalement durant l’enfance : entre 1 et 4 % des enfants d’âge préscolaire déclarent faire des cauchemars « souvent » ou « toujours ». La plupart des enfants font parfois des cauchemars, mais lorsqu’ils sont particulièrement fréquents ou intenses, ceux-ci peuvent être dus à des sentiments d’insécurité, de peur ou de stress ressentis pendant la journée.

    Après l’adolescence, les femmes ont tendance à signaler plus de cauchemars que les hommes. Environ 6 % des adultes déclarent faire des cauchemars tous les mois, et de 1 à 2 % d’entre eux en font une fois par semaine ou plus. Chez les adultes, les cauchemars peuvent aussi être liés au stress, mais également à des états tels que l’anxiété, la dépression ou un traumatisme. Les cauchemars peuvent par ailleurs résulter de l’utilisation d’un nouveau médicament ou, à l’inverse, du sevrage de diverses substances, y compris l’alcool.
  • Les rêves récurrents sont ceux que l’on fait à maintes reprises sur de longues périodes, des mois, des années ou même des décennies. Ces rêves peuvent être une expérience pénible ou agréable, mais ils se caractérisent par un contenu identique, malgré leur chronicité. Un rêve récurrent pénible, bien connu de la plupart des étudiants, est celui dans lequel ils arrivent en retard ou pas suffisamment préparés à un examen. Certains rêves récurrents, cependant, sont de nature agréable, comme voler ou découvrir une pièce secrète dans une maison.

    Certains cliniciens estiment que les rêves récurrents à tonalité négative tendent à se produire pendant les périodes de stress ou de remise en questions. Les cauchemars peuvent aussi être récurrents lorsqu’ils sont associés à des expériences traumatiques et au syndrome de stress post-traumatique ; il est alors recommandé de consulter un professionnel.
  • Les rêves lucides sont ceux dans lesquels le dormeur prend conscience qu’il rêve. Certains dormeurs sont capables de maîtriser ce qui se passe dans leurs rêves. Cette aptitude peut s’apprendre et s’exercer, et même aider à traiter les cauchemars.

Comment mieux se souvenir de ses rêves ?

Puisque les rêves peuvent être une source de divertissement, susciter l’intérêt personnel, la créativité ou inciter à l’exploration de soi, certaines personnes essaient de se souvenir de leurs rêves autant que possible. Certains les consignent dans un journal de sommeil ou par d’autres moyens afin que les souvenirs fragiles de ce qu’ils ont rêvé ne disparaissent pas avec le temps.

Il est possible de mieux se souvenir de ses rêves en s’y intéressant davantage et en apportant quelques modifications à sa routine de sommeil. Voici quelques conseils pour mieux vous souvenir de vos rêves :

  • Avant de vous coucher, dites-vous que vous vous souviendrez de vos rêves. La recherche a démontré que l’autosuggestion, combinée à une motivation suffisante, fonctionne pour plusieurs.
  • Lorsque vous vous réveillez le matin, essayez de vous rappeler ce qui vous a traversé l’esprit. Pour se faire, essayez de vous détendre et gardez les yeux fermés. Ne pensez pas à la journée qui vous attend, concentrez-vous sur les images qui émergent ou les sentiments que vous avez pu éprouver pendant votre sommeil.
  • Gardez un stylo et du papier (journal de vos rêves) ou un enregistreur vocal (un téléphone cellulaire fera l’affaire) sur votre table de chevet et commencez à consigner les rêves dont vous vous souvenez.
  • Certaines personnes aiment aussi faire part de leurs rêves à la personne qui partage leur lit ou à leur famille au petit-déjeuner.

Toutes ces choses simples peuvent avoir un effet important sur la fréquence et la vivacité du souvenir que vous gardez de vos rêves.

Que faire si les mauvais rêves ou les cauchemars vous dérangent ?

Les rêves agités et les cauchemars ne sont pas nécessairement nuisibles, mais ils peuvent causer une grande souffrance. Pour certaines personnes, ils peuvent agir comme un mécanisme naturel d’adaptation, surtout pendant les périodes de stress émotionnel. Toutefois, si les cauchemars affectent votre bien-être émotionnel ou d’autres aspects de votre fonctionnement diurne, il y a lieu de consulter un professionnel du sommeil ou de la santé mentale.

N’ignorez pas les rêves pénibles ou éprouvants qui reviennent de manière chronique, car ils peuvent être révélateurs de problèmes d’ordre psychologique ou médical. Avec le temps, les expériences oniriques pénibles comme les cauchemars peuvent donner lieu à une peur d’aller se coucher et à la perte de sommeil. C’est vrai pour les enfants comme pour les adultes.

Pour certains, il peut être utile de raconter les mauvais rêves et les cauchemars à des personnes dignes de confiance ; d’autres tireront profit du simple fait d’écrire une version remaniée de ces rêves. Qu’importe l’élément du cauchemar ainsi modifié : il peut s’agir du début, de la fin, d’un petit détail ou de n’importe quoi d’autre qui paraisse « approprié » au rêveur. Les enfants peuvent faire de même en utilisant le dessin. Faites-le chaque fois que vous sortez d’un mauvais rêve ou d’un cauchemar. Cette technique, connue sous le nom de thérapie par imagerie mentale (TIM), s’est avérée efficace autant chez les adultes que chez les enfants.

En résumé, bien que les rêves puissent perturber certains dormeurs, ce sont généralement des créations fascinantes, mais, aussi, insaisissables du cerveau en sommeil. Et même si les chercheurs ne s’entendent toujours pas sur les raisons pour lesquelles on rêve ou sur la fonction que les rêves peuvent remplir, leur importance est de plus en plus admise, non seulement par les dormeurs, mais aussi par les cliniciens et les scientifiques.